Le 2 novembre 1942


Camarades,

Votre réunion est consacrée au 25e anniversaire de l’établissement du pouvoir des Soviets. 25 ans ont passé depuis que le régime soviétique a été instauré dans notre pays. Par son importance cet événement est unique dans la vie de l’humanité ; il n’a pas son pareil, ou son équivalent dans l’histoire.

En ce 25e anniversaire de la Révolution d’Octobre, nous commémorons l’affranchissement des travailleurs de notre pays par le renversement d’un régime réactionnaire d’exploitation. Il faut vous rendre compte de ce que cela signifie, vous qui ne connaissez l’ancien régime que par vos lectures et par ouï-dire. Car on raconte à son sujet les choses les plus différentes. Si c’est un ancien riche qui parle, ou un dékoulakisé, ils vanteront l’ancien régime. Mais si c’est un homme qui fut pauvre, ouvrier, paysan moyen ou employé, il vous dira la vie pénible des ouvriers, des paysans et des pauvres de la ville dans la Russie tsariste d’avant la Révolution.

La Grande Révolution d’Octobre a radicalement changé les conditions de vie des travailleurs de notre pays. Nous vivons maintenant en régime soviétique.

Un grand nombre de jeunes pleins de qualités sont morts en luttant pour le régime des Soviets. Aujourd’hui encore, c’est pour défendre ce régime que la jeunesse combat non seulement au front mais aussi à l’arrière, dans les fabriques et les usines.

Cette année, nous célébrons notre fête dans les conditions d’une guerre acharnée contre les fascistes allemands. En temps de paix, elle durait deux jours, nous avions moins d’heures de travail à fournir, nos tables étaient mieux garnies. Mais aujourd’hui beaucoup de nos camarades, beaucoup de jeunes Soviétiques, se trouvent en territoire ennemi soumis à de cruelles épreuves, et une partie d’entre eux ont succombé ou sont en train de succomber aux souffrances que leur imposent les brutes fascistes. Voilà dans quelles circonstances nous célébrons le 25e anniversaire du pouvoir des Soviets.

Les réserves du travail, si nous considérons les écoles professionnelles et les écoles d’apprentissage de fabriques et d’usines, ont été créées chez nous avant la guerre. Dans quel but ? Dans le but de permettre à notre industrie de compléter à tout moment les rangs ouvriers en faisant appel à des gens qui connaissent la production.

Il n’est pas facile de préparer un bon ouvrier. Cela nécessite deux ou trois ans. Et pour devenir un bon spécialiste il faut même trois ou quatre ans. Il n’est pas obligatoire de passer tout ce temps à l’école. Pour arriver à bien travailler, il faut acquérir les principaux tours de main à l’école, et achever ensuite son apprentissage à l’entreprise.

Vous allez avoir à travailler comme ouvriers, comme professionnels dans nos fabriques et usines. Et involontairement beaucoup d’entre vous se disent : ainsi donc, ma vie est déjà toute tracée ? Aujourd’hui, l’école professionnelle, l’école d’apprentissage de fabrique et d’usine, et demain le travail à l’usine. Il en est peut-être qui hésitent, se demandent si c’est bien ce qu’ils veulent faire, si un travail de bureau n’eût pas été préférable, un travail plus propre, plus facile.

Eût-il, en effet, été préférable ?

Ma réponse sera catégorique, car j’ai passé trente années à l’usine, et puis après cela vingt ans dans un bureau (animation dans la salle) ; je puis donc parler de ces travaux en toute connaissance de cause. Où est-on le mieux ? Sans aucun doute, à l’usine, dans les ateliers d’une usine.

Certes, au début, quand à peine sorti de l’atelier d’apprentissage on pénètre dans les grandes salles de l’usine, on a un peu peur. Les premiers jours, les premiers mois vous paraîtront difficiles, mais ensuite l’atmosphère de l’usine, le travail lui-même vous absorberont toujours davantage. Vous travaillerez un an ou deux, et alors vous sentirez que vous aimez votre usine. Aucun travail dans une institution ne peut se comparer au travail à l’usine pour la satisfaction intérieure qu’il procure, car là vous voyez et vous touchez réellement les résultats de votre travail.

Pour qu’un homme entre plus hardiment à l’usine, il doit bien connaître son métier. De mon temps, chacun de nous s’efforçait de travailler mieux que les autres. Chacun voulait, s’il était tourneur, être un bon tourneur et s’il était ajusteur, être un bon ajusteur. Le travail à l’usine est un travail intéressant, un travail qui entraîne ; et aujourd’hui il est plus intéressant encore qu’autrefois, car les conditions ont changé.

Autrefois, il fallait tout faire avec ses mains. L’habileté manuelle avait alors une très grande importance. Mais si adroites que soient nos mains, les machines font mieux. Autrefois, il y avait peu de machines. Aujourd’hui, nos usines et nos fabriques possèdent un formidable équipement mécanique. Gela rend le travail à l’usine plus intéressant, mais exige par contre plus de connaissances et d’habileté.

Quitter l’école en sachant mal son métier, c’est s’exposer à ne pas être respecté par ses camarades. Qui ne connaît pas son métier ne pourra pas accomplir de travaux importants. Ces travaux, on ne les confie qu’à ceux qui travaillent bien. Il faut donc que vous connaissiez votre métier. Il faut que vous sachiez déchiffrer un dessin. Beaucoup d’entre vous seront plus tard chefs d’équipes, constructeurs, assembleurs de machines, monteurs, outilleurs. Tout ouvrier qui se respecte doit savoir déchiffrer un dessin ; vous devez apprendre à le faire dès l’école.

Vous êtes tenus de connaître les machines ; il serait désirable que vous lés connaissiez à fond. Le travail à l’usine est un travail en série ; il peut paraître monotone, mais il exige une attention soutenue et la connaissance des machines. Et il a ses particularités. Quelles sont ces particularités ? Le travail en série demande de l’adresse, de la rapidité. Un homme fait pièce sur pièce ; pour faire une pièce, il ne faut parfois qu’une minute. Ainsi donc, il faut apprendre à travailler vite et régulièrement. Dans les écoles professionnelles, certains élèves font une partie du travail, d’autres en font une autre. Il faut savoir exécuter toutes les opérations.

Je voudrais qu’au plus tôt vous ressentiez l’orgueil professionnel ; c’est un orgueil noble. Si vos pères étaient de bons ouvriers, vous ne devez en aucun cas faire moins bien qu’eux.

Maintenant vous vous préparez pour aller à l’usine, à la fabrique. D’avoir appris un métier ne vous enlève pas la possibilité de travailler plus tard dans un tout autre domaine. L’usine ne barre pas la route à la croissance ; au contraire, elle donne largement accès au travail social et politique, ou administratif, ou encore, si vous le préférez, au travail scientifique.

Vous devez être de bons spécialistes, chacun dans sa branche. Il ne faut pas que nos ouvriers connaissent leur métier moins bien que £es ouvriers de l’étranger. Par leur qualification, les ouvriers soviétiques, nos jeunes ouvriers, doivent être non pas au-dessous, mais au-dessus des ouvriers d’Europe et d’Amérique. Voilà ce qu’il ne faut pas oublier, voilà ce à quoi il faut arriver.

Deuxièmement. Autrefois, c’était surtout parmi les ouvriers qu’il y avait des communistes. Le Komsomol n’existait pas encore, mais il y avait des jeunes qui par leurs idées étaient proches des communistes.

Pour les jeunes de votre âge, il y a l’organisation du Komsomol. C’est une organisation qui éduque politiquement la jeunesse, qui l’éclaire. Et je voudrais que toute la jeunesse que j’ai en ce moment devant moi fît partie du Komsomol. Peut-être y a-t-il parmi vous des natures passives ; je n’en souhaite pas moins que la majorité des élèves des écoles professionnelles et des écoles d’apprentissage de fabriques et d’usines s’efforcent d’entrer au Komsomol.

Chez nous, la conscience politique joue un très grand rôle, et nous voulons faire en sorte que chacun soit politiquement conscient.

Le Komsomol c’est une voie d’accès au Parti. Le Komsomol prépare la jeunesse à entrer au Parti. Il développe sa conscience politique. Il l’habitue à une activité sociale. Vous allez en effet travailler pour la société, vous ne serez pas séparés du peuple, vous participerez à l’œuvre commune. On ne fabrique pas une machine tout seul. Il faut des centaines de mains pour la faire.

Le travail lui-même pousse à la vie sociale. Et je voudrais non seulement que vous passiez votre temps à travailler à la production proprement dite, à fabriquer les objets qui nous sont nécessaires, mais encore que vous passiez votre temps libre, que votre éducation morale se fasse au sein du Komsomol. C’est précisément pour cela que le Komsomol, cet organisateur de la jeunesse, existe. Vous remplirez ainsi la fraction de voire vie qui n’est pas absorbée par le travail ; vous remplirez votre vie spirituelle.

La guerre est cruelle et sanglante. Les Allemands veulent déchirer notre pays, fouler aux pieds notre peuple. Camarades, vous faites plus qu’apprendre un métier : vous aidez aussi notre front. Dans les écoles et à la production, vous exécutez des commandes de guerre. Et vous devez les exécuter bien.

Vous n’êtes pas sur le front, mais, camarades, vous êtes la jeunesse, et je pense que vous ne serez pas les derniers dans la lutte de notre peuple contre les fascistes. Pour la rapidité, qualité propre à la jeunesse, j’estime que vous ne devez pas le céder à vos aînés». Au contraire, c’est à vous, les jeunes, de tenir le drapeau. Vous devez être les premiers à la production comme à la guerre. Vous devez dire : « Nous ne le céderons pas à nos pères ; nous montrerons que les jeunes qui viennent d’entrer à la production savent travailler. »

Permettez-moi de vous souhaiter d’acquérir cette maîtrise dans le travail ; puissiez-vous la révéler entièrement dans les années qui viennent. (Applaudissements prolongés.)

Komsomolskaïa Pravda, 12 novembre 1942.