I. Atkinson

  1. Tisserands travaillant à la main. (journée de travail: 15 heures.) (Au nombre d’un demi-million.) [1]
    « Leur profonde misère, condition inévitable du genre de travail facile à apprendre et constamment exposé à être évincé par des moyens de production meilleur marché. Une brève cessation de la demande, étant donné l’importance de l’offre, amène la crise. Le fait qu’une bran­che de travail devient inutile et l’essor d’une autre amènent des souffrances momenta­nées. Exemple des tisseurs de coton à bras du district de Dacca aux Indes; affamés ou rejetés dans le travail agricole par la concurrence des machines anglaises. » (Extrait du discours du Dr Bowring à la Chambre des communes, juillet 1835.)  [2]
    (Cet exemple du passage d’un commerce à l’autre à utiliser pour les débats sur le libre échange.) [3]
  2. Quelques choses à dire sur la Théorie de la population.
  3. Influence du changement ou de l’extension de la division du travail sur la détermination du salaire.

II. Carlyle

  1. Ne pas considérer seulement la quantité des salaires. Leur qualité oscille aussi, est déterminée par le jeu.
  2. Avantage dans le salaire qui rend plus aigus la nécessité, l’intérêt, le trafic des ouvriers avec l’employeur. Plus rien de patriarcal comme au Moyen Age.
  3. Lois d’assistance, extermination des rats, ouvriers imposables. [4]
  4. La plus grande partie du travail n’est pas du travail spécialisé.
  5. Toutes les théories malthusienne et économiste se réduisent au fait que l’ou­vrier a en main la possibilité de modifier la demande en ne faisant pas d’enfants.

III. Mac Culloch

Le salaire que gagne l’ouvrier est égal à la quote-part habituelle de profit pour le propriétaire de la machine appelée homme, plus une somme pour remplacer l’usure des machines, ou, ce qui revient au même, pour amener de nouveaux ouvriers à la place des ouvriers vieux ou usés. [5]

IV. John Wade

  1. « Si le but est de faire de l’ouvrier une machine dont on peut tirer la plus grande quantité de travail dans une occupation donnée, il n’y a pas de voie plus efficace que la division du travail. » [6]
  2. Une réduction du salaire pousse les ouvriers, ou bien à diminuer leurs dépenses ou à augmenter leur productivité, dans des fabriques utilisant des ma­chines, par exemple (et en général) en travaillant un nombre d’heures plus grand, ou chez des artisans, des tisserands à bras, etc., en travaillant davantage dans le mê­me temps. Mais comme leur salaire est précisément réduit parce que la demande du produit a baissé, ils augmentent donc l’offre au moment défavorable. Consé­quence: leur salaire baisse plus encore, et alors les bourgeois viennent et disent: « Si seulement les gens voulaient travailler. »
  3. Loi absolument générale. Il ne peut y avoir deux prix du marché et en vérité (à qualité égale) c’est le prix du marché le plus bas qui domine.
    Soit mille ouvriers de qualification égale, dont 50 sans pain. Le prix n’est pas déterminé par les 950 qui sont occupés, mais par les 50 qui ne travaillent pas.
    Mais cette loi du prix du marché pèse plus lourdement sur la marchandise-travail que sur d’autres marchandises, parce que l’ouvrier ne peut pas mettre son travail en réserve, mais doit continuer son activité vitale ou, perdant ses moyens de subsistance, mourir.
    La marchandise vénale travail se distingue d’autres marchandises en particu­lier par sa nature périssable, par l’impossibilité de l’accumuler, et par le fait que l’offre ne peut être augmentée ou diminuée avec la même facilité que pour d’autres produits.
  4. L’humanité des capitalistes consiste à acheter le plus de travail possible au prix le plus bas. Les ouvriers agricoles reçoivent plus en été, bien qu’en hiver ils aient besoin de plus de nourriture, de chauffage et de vêtements plus chauds.
  5. Par exemple la suppression du dimanche serait une pure perte pour les ouvriers. Les patrons sauraient bien modifier le salaire en le déterminant nominalement, comme par exemple, en faisant travailler un quart d’heure de plus, ou en en soustrayant les repas, etc.
  6. Le salaire déterminé par les modes, les saisons et les fluctuations com­merciales. [7]
  7. Si l’ouvrier, évincé par la machine, passe à une autre branche d’activité, celle-ci est régulièrement pire. Il ne retrouve jamais sa situation antérieure.
    La machine et la division du travail remplacent du travail cher par du travail meilleur marché.
    On a proposé aux ouvriers:
    1. Des caisses d’épargne.
    2. D’apprendre toutes les branches d’activité possibles (de sorte que si, dans une branche, il y avait surcroît d’offre de main-d’œuvre, il en serait immédiatement de même en toutes).
  8. En périodes de stagnation:
    1. Cessation du travail.
    2. Diminution du salaire.
    3. Maintien du salaire, diminution du nombre hebdomadaire des jours de travail. [8]
  9. Au sujet des associations professionnelles [9], il faut remarquer:
    1. Les dépenses des ouvriers (les frais). Invention de machines du fait des coalitions. Division autre du travail. Abaissement du salaire. Déplacement des fabriques vers d’autres lieux.
    2. Si malgré tout on parvenait à maintenir le salaire assez haut pour que le profit tombe sensiblement plus bas que le profit moyen d’autres pays ou que le capital s’accroisse plus lentement, l’industrie d’un pays serait ruinée et les ouvriers avec leurs maîtres, et plus encore.

Bien que la diminution d’un impôt ne serve à rien aux ouvriers, par contre l’augmentation de celui-ci leur nuit. Avantage de l’accroissement des impôts dans des pays bourgeois évolués: la classe des petits paysans et celle des petits propriétaires (classe des artisans, etc.) en sont ruinées et jetées dans la classe ouvrière.

Influence sur le salaire des Irlandais en Angleterre, des Allemands en Alsace.

V. Babbage

Trucksystem [10].

VI. Andrew Ure [11]

Principe général de l’industrie moderne: remplacer les adultes par des enfants, les ouvriers qualifiés par de moins qualifiés, les hommes par les femmes.

Égalisation du salaire. Caractéristique principale de l’industrie moderne.

VII. Rossi [12]

Monsieur Rossi veut dire :

Le fabricant escompte seulement à l’ouvrier sa part du produit, parce que celui-ci ne peut pas en attendre la vente. Cela est une spéculation qui ne regarde pas directement le processus de production. Si l’ouvrier peut se subvenir lui-même jusqu’à la vente du produit, il pourra ensuite faire valoir sa part en tant qu’associé.

Donc le salaire n’est pas un élément constitutif de la production comme le capital et la terre. Il n’est qu’un hasard, une forme de notre état social. Le salaire ne fait pas partie du capital.

Le salaire n’est pas un facteur indispensable de la production. Il peut dis­paraître dans une autre organisation du travail.

VIII. Cherbuliez

  1. « L’accroissement du capital producteur n’entraîne pas nécessairement l’accroissement des moyens de subsistance pour les ouvriers. Les matières premières et les machines peuvent être augmentées, l’approvisionnement diminué.
    Le prix du travail dépend: a) de la quantité absolue du capital producteur; b) du rapport entre les différents éléments du capital, deux faits sociaux sur lesquels la volonté des ouvriers ne peut exercer aucune influence.
  2. C’est moins la consommation absolue de l’ouvrier que sa consommation relative qui fait le bonheur ou le malheur de sa situation. Une fois dépassée la con­som­mation nécessaire, la valeur de notre jouissance est essentiellement relative. » [13]
    Quand on parle de la chute ou de la montée du salaire, il ne faut jamais perdre de vue l’ensemble du marché mondial et la situation des ouvriers dans les différentes régions.
    Désirs égalitaires ou autres, de déterminer le salaire selon la justice.
    Le minimum de salaire lui-même varie et tombe de plus en plus bas. Exemple de l’eau-de-vie.

IX. Bray

Caisses d’épargne [14]

Triple machine entre les mains du despotisme et du capital

  1. L’argent reflue à la banque nationale; celle-ci fait des profits en le prêtant de nouveau aux capitalistes.
  2. Chaîne dorée grâce à laquelle le gouvernement tient une grande partie de la classe ouvrière.
  3. De ce fait, met par là de nouvelles armes entre les mains des capitalistes en tant que tels.

Si le salaire a une fois baissé, il ne remonte jamais à son niveau antérieur; le salaire absolu et le salaire relatif.


[1] Les données sur la durée de la journée de travail et sur le nombre d’ouvriers tisserands sont tirées par Marx du livre de Carlyle Le Chartisme, dans lequel il est dit: «Un demi million d’ouvriers tisserands travaillant 15 heures par jour sur des métiers à main, ne sont cependant pas en mesure d’une façon permanente de se procurer en quantité suffisante de la nourriture même la plus simple.» (Th. Carlyle, Chartism, Londres, 1840, p. 31).

[2] Le discours de Bowring est rapporté dans le livre de W. Atkinson, Principles of Political Economy, Londres, 1840, pp. 36-38.

[3] L’extrait du discours de Bowring à la Chambre des Communes a été utilisé par Marx dans son discours sur le libre-échange prononcé le 9 janvier 1848 au cours d’une réunion publique de l’Association démocratique de Bruxelles.

[4] Marx fait allusion à la déclaration de Carlyle concernant les lois anglaises d’assistance aux pauvres: «Si l’on fait des mendiants des malheureux, ils périront par milliers inévitablement. Voilà le secret connu de tous les chasseurs de rats: colmatez les fentes dans les granges, suscitez des miaulements, des alertes ininterrompus, faites agir les pièges à rats — et vos «chargeable labourers» (les pauvres qui constituent une charge pour la société) disparaîtront, seront éliminés. Un procédé plus rapide est représenté par l’arsenic et il est, je crois, plus humain . . . » (Th. Carlyle, Chartism, Londres, 1840, p. 17).

[5] J. R. M’Culloch, The Principles of Political Economy, Edimbourg, 1825, p. 319.

[6] J. Wade, History of the Middle and Working Classes, troisième édition, Londres, 1835, p. 125.

[7] Marx fait allusion au passage suivant de l’ouvrage de J. Wade: «La quantité de travail utilisée (the quantity of employment) dans chaque branche de l’industrie n’est pas constante. Elle peut se modifier sous l’influence du passage des saisons, du changement de la mode ou des vicissitudes du commerce». (cf. J. Wade, op. cit., p. 252).

[8] Il est fait allusion ici à la forme de salaire dit «à la pièce». (cf. J. Wade, op. cit., p. 267).

[9] En anglais dans le texte: combinations of trade.

[10] Trucksystem — système de paiement en marchandises. Babbage écrit à ce sujet: «Là où les ouvriers reçoivent leur paiement en produits ou bien sont contraints d’acheter dans la boutique du patron, alors beaucoup d’injustices sont commises à leur égard, et il en résulte une grande misère.» «La tentation est trop forte pour le patron d’abaisser, en période de dépression, le salaire effectivement payé (en élevant le prix des marchandises dans son magasin) tout en ne diminuant pas le salaire nominal, pour qu’il puisse y résister.» (Ch. Babbage, On the Economy of Machinery and Manufactures, 2° édition, Londres, 1832, p. 304.

[11] A. Ure, Philosophie des Manufactures ou Économie industrielle. Tome I., Bruxelles, 1836, pp. 34, 35.

[12] P. Rossi, Cours d’économie politique, Bruxelles, 1843, pp. 369, 370.

[13] A. Cherbuliez, Riche ou pauvre, Paris-Genève, 1840, pp. 103-104, 105, 109.

[14] J. F. Bray, Labour’s Wrongs and Labour’s Remedy, Leeds, 1839, pp. 152, 153.