Reportage dans un quartier sinistré par les inondations

Publié par Admin le

Aux côtés de la guerre impérialiste, le nouveau rapport du Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC), décrivant les impacts probables du dérèglement climatique, fait aussi l’actualité. Les intellectuels bourgeois et autres éditorialistes ronflants s’émeuvent du parallèle entre l’agression russe et cette menace qui pèse sur l’humanité tout entière : « Le monde est dévasté et Poutine gère son nombril », lit-on dans l’édito du Soir d’avant-hier. C’est une manière très fausse de voir les choses. Loin des phrases creuses, partons du concret. En Belgique, le concret, c’est avant tout les inondations, que le GIEC pointe d’ailleurs comme un risque majeur en Europe.

Certains d’entre nous ressentent déjà dans leur chair les effets du dérèglement climatique. Ce sont les habitants de Verviers, Trooz, Chaudfontaine, Pepinster, Theux et toutes les victimes de la catastrophe de juillet 2021. Rappelons que l’on parle bien de 39 décès, de dizaines de maisons détruites, de quartiers défigurés et insalubres et de centaines de vies chamboulées du tout au tout.

La responsabilité de ce désastre est entièrement celle de l’Etat bourgeois, de notre Etat belge. Un rapport indépendant sorti en octobre dernier pointe le grand désordre institutionnel dans la gestion de crise, que ce soit entre l’Etat fédéral et les entités fédérées ou, plus localement, entre gouverneurs et bourgmestres, et au sein même des administrations communales. De plus, il est évident que la réforme Jambon de la protection civile en 2017, qui a réduit le nombre d’agents effectifs (de 800 à 200) et de casernes (de 6 à 2), a été aussi meurtrière.

Les politiques antipopulaires sont encore plus visibles sur un temps plus long. Les investissements publics ont été réduits à des miettes depuis des décennies, avec comme effet direct un aménagement très pauvre des abords des fleuves où vivent les classes populaires, alors même que les habitations plus bourgeoises sont, soit en hauteur, soit mieux protégées.

Depuis juillet, des enquêtes, rapports et questions parlementaires se succèdent. Pourtant sur place, rien ne bouge. Des camarades étaient présents à Trooz, notamment début février alors que de nouvelles intempéries frappaient la région. Ils rapportent que les sinistrés, toujours sous l’impact de la crue de la Vesdre, sont dans le stress de nouvelles inondations (voir la vidéo attachée à l’article). Ils attendent une vraie prise de conscience de la situation dans la vallée par les autorités et de l’information concrète sur les conséquences de nouvelles grandes pluies. Le reste du tableau n’est pas joli non plus, puisque cela se conjugue à la lenteur des indemnisations, à la fermeture continue des services publics (à Trooz, les guichets de gare) et à des maisons aux murs mis à nus et gorgés d’humidité (donc difficiles à chauffer). Si on y ajoute l’inflation galopante, on obtient le nouveau quotidien de centaines de personnes.

La situation exige des investissements publics massifs ainsi qu’une planification à grande échelle et à long terme de l’aménagement, de la production d’énergie et de la lutte contre le changement climatique. Seul un pouvoir réellement au service des masses est à même de répondre à cela.

A l’éditorialiste du Soir, nous répondons, avec tous les sinistrés des inondations, que le monde est dévasté, que les bourgeois gèrent leurs profits, et que les masses relèvent la tête et sont prêtes à lutter.