Retour sur les manifestations pour les libertés

Publié par Admin le

1.            Dans la foulée des premières manifestations contre le pass sanitaire (ou pass policier) organisées par « Même pas peur » et R&R, nous avons participé et appelé à participer aux grosses mobilisations de décembre à Bruxelles. Nous souhaitons ici clarifier certaines choses et réaffirmer notre position.

2.            De très larges couches de la population se sont directement senties touchées et concernées par l’instauration des récentes mesures liberticides, au premier rang desquelles le pass policier. À la suite de ces énièmes atteintes aux libertés démocratiques s’est développé tout un mouvement de résistance, avec une composition sociale très hétéroclite ; ouvriers, employés, infirmiers, enseignants, étudiants, indépendants et titulaires de professions libérales, etc. Le pass policier a poussé nombre de gens endormis, qui n’avaient jamais manifesté, à s’intéresser à la politique et à sortir défiler pour la première fois. Pour l’écrasante majorité des gens ayant pris part au mouvement, peu importe qui a lancé l’appel à manifester, peu importe les étiquettes politiques, la seule chose qui compte, c’est de se rassembler et d’agir ensemble pour les libertés et pour pouvoir simplement vivre. « Je me sens revivre, entouré de tous ces gens qui veulent bouger. », « Enfin on agit et on s’unit, ça fait du bien ! » ou encore « La plus belle journée que j’ai eue depuis longtemps. Ne plus se sentir seul. », voilà le genre de propos qui est souvent revenu lorsque nous avons interrogé les manifestants.

3.            Cela va sans dire, les révolutionnaires ont le devoir de participer à ce mouvement pour le pousser en avant, l’élever, l’affûter ; pour s’y faire entendre, y diffuser leur message, y effectuer leur travail d’éveil et d’organisation. Comme le disait Lénine, pour aider les masses et gagner leur sympathie, leur appui, il faut absolument travailler là où elles sont. Or en ce moment, les rues de Bruxelles se trouvent être le lieu où se donnent rendez-vous des dizaines de milliers de personnes souhaitant défendre leurs droits et libertés.

4.            Evidemment, ce mouvement social n’est pas « pur », et il ne le sera jamais. Comme tout mouvement de masse, il est traversé par de multiples contradictions. Oui, des flottements émanent de la masse brute en action. Oui, des fantaisies « complotistes » et des idées réactionnaires y circulent. Oui, des fascistes prennent part au mouvement et cherchent à en tirer parti. Tout cela est aussi indéniable qu’inévitable. Pour autant, devons-nous déserter le navire et rester bien au sec dans nos locaux ? Nous retirer du mouvement pour rester bien immaculés ? C’est bon pour les communistes de chambre qui n’ont rien compris à l’abc du travail révolutionnaire. Car enfin, si les masses en action étaient déjà tout à fait éveillées, si le mouvement était « pur », quel besoin y aurait-il d’organisations révolutionnaires ? C’est précisément le rôle des révolutionnaires de prendre le mouvement social là où il se trouve, de prendre les masses au niveau où elles sont, et de les travailler comme le menuisier travaille le bois brut. Les flottements, les fantaisies loufoques voire réactionnaires qui s’expriment dans les manifestations ne doivent pas nous effrayer mais plutôt nous inciter à retrousser nos manches et à nous mettre au travail.

Du reste, n’oublions pas qu’en dépit de ces flottements, de ces contradictions et « impuretés » :

1) l’écrasante majorité des gens prenant part aux mobilisations ont bien compris une chose essentielle : il est temps que les masses s’unissent largement et entrent en action pour leurs libertés ;

2) ce mouvement va objectivement dans le bon sens ; il résiste au gouvernement et défend les libertés démocratiques.

5.            Voyons maintenant la chose sous un autre angle : à votre avis, qu’advient-il quand de simples manifestants se levant pour leurs droits remarquent qu’ils sont tout bonnement abandonnés voire méprisés par la gauche révolutionnaire ? C’est simple : ils s’en détachent, et ils ont bien raison. Car que vaut une telle gauche, qui hier encore jurait par tous les dieux qu’elle serait « toujours aux côtés des opprimés dans leurs luttes » ? Et que risque-t-il d’arriver si ces mêmes manifestants, sans étiquette ni carte politique, constatent que les seules organisations politiques à les soutenir sont d’extrême droite ? Le danger est facile à flairer… En clair, déserter ces mobilisations revient tout simplement à abandonner ces masses qui s’éveillent à la résistance et à laisser le champ libre aux fascistes. Il faut tout au contraire investir énergiquement le mouvement, avec toutes ses contradictions, faire preuve d’initiative et montrer aux masses qu’elles peuvent compter sur le camp révolutionnaire. Une telle remarque peut sembler superflue tant elle est évidente. Et pourtant… C’est bien malheureux, mais R&R est littéralement la seule organisation se revendiquant du marxisme ou de la « gauche révolutionnaire » à avoir soutenu ces mobilisations et à s’être opposé frontalement, en paroles et en actes, au pass policier. Les organisations autour de nous font penser à ces autruches avec la tête dans le sable. Comme des anguilles, elles parlent de tout sauf du mouvement qui se déroule sous leurs yeux. Elles n’ont pas la moindre intention de lutter contre le pass policier, ce qui revient au fond à l’accepter. Pourtant, la mise en place de pareilles mesures est extrêmement grave et préoccupante. Le PTB trouve le temps d’aller soutenir les flics sur leurs piquets de grève mais pas un mot de soutien aux dizaines de milliers de personnes défilant pour leurs libertés. Plusieurs manifestants nous ont fait part de leur déception à cet égard : « Le PTB m’a beaucoup déçu ; au final, c’est bien un parti du système comme les autres. », « Beaucoup de beaux discours, mais quand il s’agit de se mouiller il n’y a plus personne. », « C’est bien beau d’avoir des milliers de membres, mais ils sont où aujourd’hui ? » etc.

Même chose du côté des syndicats ; ils tentent de noyer le poisson en organisant leurs actions fades et routinières, comme cette manifestation du 6 décembre contre la vie chère (nous y avons malgré tout participé, aux côtés des travailleurs présents). Par ces manœuvres pathétiques, ils s’efforcent de faire oublier leur totale inconsistance. Mais nombre d’ouvriers en ont gros sur la patate. Voilà ce que nous a par exemple dit un ouvrier liégeois d’Ab InBev lors d’une manifestation à Bruxelles : « Ils sont où les syndicats quand on a besoin d’eux ?! Organiser des actions pourries une fois toutes les lunes, ça ils savent faire, mais mobiliser et lutter sérieusement, se mouiller, ça non. Ils me dégoûtent. Les dirigeants syndicaux ne pensent qu’à leurs privilèges. »

6.            Evoquons un dernier point. La clé du succès du combat pour les libertés réside dans le rôle assumé par le prolétariat. Celui-ci doit se faire (et est le seul à pouvoir se faire) le champion de la lutte pour les droits et libertés démocratiques. La classe ouvrière organisée doit diriger les masses dans leur combat. Or c’est impossible tant qu’elle n’a pas montré sa force et ne s’est pas affirmée de façon indépendante dans la lutte. Il est donc nécessaire d’organiser spécifiquement la lutte des ouvriers industriels contre le pass policier et contre les mesures liberticides qui se multiplient. Dans cette optique, il faut travailler à la préparation d’une grève générale. Une grève générale toucherait directement l’économie, là où ça fait mal ; couplée à de vigoureuses manifestations, elle donnerait une tout autre tournure au mouvement, de quoi faire suer le gouvernement. Imaginez un peu les grosses usines du pays à l’arrêt, avec en parallèle des manifestations toujours plus imposantes. En s’affirmant au moyen de la grève générale, la classe ouvrière pourrait se poser en leader naturel du mouvement qu’elle tirerait en avant avec son énergie et son poids, tout en neutralisant les flottements et l’influence des fascistes dans le mouvement.

Hélas, il faut bien le dire, on est encore fort loin du compte ; un immense travail d’éveil et d’organisation reste à abattre. Mais il n’en reste pas moins qu’il doit être accompli. Malgré ses forces encore réduites, R&R entend bien se donner à 200% pour faire avancer la cause. Envie de nous prêter main forte ? Rejoignez-nous sans attendre !

Prochain rendez-vous à Bruxelles : le 23 janvier, 13h, devant la gare de Bruxelles-Nord !