Interview du Gilet Jaune Idriss Dauphin

Mis à jour : 6 nov 2019



- La première question que nous souhaiterions te poser est la suivante. Quelles sont les raisons à l’origine de ta participation au mouvement ? Etais-tu déjà actifs dans les mouvements sociaux, avant l’apparition des Gilets jaunes ?


Les raisons à l’origine de ma participation au mouvement :

Quand j'étais adolescent, j'ai vécu des injustices, ce qui m’a donné envie de me battre contre les injustices.

L'État ne m'aide pas à construire mon avenir ; il le bloque.

Pour ma mère, mon petit frère et ma petite sœur.

Je suis contre la pauvreté ; j'aimerais un monde sans pauvres.

Voilà les 4 raisons de ma participation au mouvement des Gilets jaunes.

Avant, je n'avais jamais participé à d'autres mouvements sociaux.


- Comment expliques-tu le fait que ce mouvement soit apparu et se soit développé en-dehors du cadre des partis politiques et des syndicats ?


Pour moi les Gilets jaunes sont apparus et se développés sans partis politiques ou syndicats car c'est une colère du peuple face aux mensonges et aux fausses promesses des partis politiques et des syndicats. C'est une colère existait depuis longtemps et qui était « comme une cocotte-minute prête à exploser » et qui a explosé. Cette colère a d'abord explosé en France à cause du mépris d'Emmanuel Macron face à la majorité du peuple. Puis, ce mouvement a débordé en Europe et même dans le monde.


- Pourrais-tu nous raconter une anecdote vécue illustrant l’esprit de solidarité qui s’est créé entre les Gilets jaunes et une autre illustrant la violence de l’Etat à l’encontre du mouvement ?


Lors du premier appel international des Gilets jaunes à Lille, je m'y suis rendu. Au début, tout se passait bien jusqu'à ce que les CRS nous gazent pour nous diviser en deux groupes. La situation a un peu dégénéré puis s'est calmée. Un peu plus tard, alors que tout se passait bien, ils nous ont gazés par l'arrière. Ils arrêtaient toutes les personnes qui n'avançaient pas assez vite. Pour ne pas se faire arrêter, il fallait traverser un grand nuage de gaz long de près de 200 mètres. Quand je suis rentré dans ce nuage, je ne voyais plus rien tellement j'avais mal aux yeux et je n'arrivais plus à respirer comme il faut. Mon corps m'a lâché et je suis tombé par terre. J'ai cru que c'était la fin pour moi… J'ai crié à l'aide jusqu'à ce que deux Gilets jaunes me ramassent et me sortent de ce nuage de gaz. Ça, c'est la magie des Gilets jaunes : l'union.


Le 26 mai 2019 à Bruxelles, le jour des élections, après un appel international des Gilets jaunes, nous étions un grand groupe devant la gare du Nord. Nous devions démarrer la manifestation à 14 heures et négocier le parcours avec les forces de l'ordre. À 13h30, sans sommation et sans motif valable, nous avons été « nassés » par la police. Nous avons tenté de percer la nasse mais impossible. Il y avait trois autopompes et énormément de policiers. Nous avons ensuite été fouillés contre les fourgons de police, colsonnés, embarqués et parqués comme des animaux dans un hangar de police. Par après, nous avons été fouillés à nouveau (pour certains, nus…). Nous avons été privés de liberté de 13h30 à 22h-22h30. La preuve qu’on dérange… « La liberté d'expression s'arrête là où commence la vérité qui dérange… »


-Aux dernières élections, l’abstention a-t-elle été forte chez les Gilets jaunes ? Si oui, pourquoi ?


Oui, l'abstention des Gilets jaunes aux élections a été forte car, pour la plupart, nous ne voulons plus de gouvernement mais le référendum d'initiative citoyenne (RIC). Le RIC permettrait de rendre le pouvoir au peuple et que ce soit le peuple qui décide pour lui.


- Les syndicats vous ont-ils soutenus ? Quelle est leur position à votre égard et quelle est la tienne à leur égard ?


Les différents dirigeants syndicaux ont essayé de récupérer le mouvement dès le début. Quand on leur a dit que s’ils voulaient venir, c’était sans leur couleur syndicale, on ne les a plus revus. Je ne connais pas leur position à notre égard mais la mienne c’est qu’ils sont les bienvenus à nos manifestations mais avec le Gilet jaune et sans leur couleur syndicale.


- Comment expliques-tu et analyses-tu les actes de violence d’une partie des Gilets jaunes ? Ne peut-on considérer qu’il s’agit là d’une réponse à la violence institutionnelle du système ?


Pour moi, si violence il y a, c'est bien évidemment une réponse aux violences du système. Je n'encourage pas ces actes de violences mais je les comprends.  Pour moi, cette violence est tout à fait légitime en réponse à la répression policière, aux bavures policières et au fait que le gouvernement ne veut pas nous entendre, nous voir et nous répondre. « Il y a les casseurs de vitrines et les casseurs de vie. Elle est où la violence ? »


- Actuellement, le mouvement s’essouffle en Belgique. Pourquoi selon toi ?

Pour moi, le mouvement s'essouffle en raison de la répression policière depuis le début de mouvement, toujours plus forte, et en raison du manque d'information objective des médias.